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22 mars 2012 4 22 /03 /mars /2012 10:27

 

Construire l'intime.

 

N'ai jamais tenu de Journal.

Ou alors de manière très irrégulière, avec des phases très courtes de fonctionnement.

Peut-être parce qu'écrire sur moi-même, en cercle fermé, ne m'a jamais vraiment intéressé. Et la session "En Vrac" ouverte à cet effet sous windows ne compte que quelques menues unités A4 clairsemées pour plus de deux ans d'existence et beaucoup plus de pages écrites dans d'autres dépendances parallèles du système.

Peut-être aussi parce que la fiction seule aimante mes mots et qu'une fiction pour soi-même ne mérite pas l'effort qu'on y consacre, ne se légitime pas suffisamment pour que l'on puisse trouver la force de l'entreprendre.

Peut-être parce que notre petite histoire à nous, notre petite affaire privée ça ne concerne finalement pas grand monde, pas même nous-mêmes. Par-delà ce que l'on veut à toute force nous faire croire : que là est notre force, notre réel potentiel, notre pouvoir de visibilité, de buzz, notre devenir star.

Paradoxal web, tête de Janus : en même temps supermarché du Moi (bien plus que la télé, c'est dire... Et pourtant les émissions sur sur ma vie, mes goûts, mes confidences, mes petits problèmes et mes gros soucis, combien sur chaque chaîne...?), autel à la gloire de l'exhibition et de l'intimité livrée brute à la surface de l'écran et possibilité même, par le vecteur qu'il représente, de prendre la parole pour tenter de s'en construire à soi-même une nouvelle, branchée sur les évènements de pensée qui le traversent.

Une intimité de rat ; de discours, de langue.

Et bien sûr exit les filtres culturels préexistants qui rendaient l'entreprise hasardeuse, réservée aux quelques happy-few qui passaient entre les mailles du filet culturel. Plus besoin d'être édité pour être lisible alors pour celui sur qui ça tombe, ce besoin inexplicable de piocher dans la langue, avoir la liberté d'assouvir son désir d'écrire sous une forme nouvelle, quelque soit le moment de sa vie où il accède à l'efficience.

Pour mon compte relativement tard et il n'y a pas si longtemps.

Pas étonnant alors que j'enfonce comme cela des portes grandes ouvertes. Que je commence à peine à mâcher des théories digérées depuis des lustres, des trucs que tout le monde sait et que beaucoup pratiquent depuis des années mais qui m'apparaissent néanmoins comme des vérités neuves, des perspectives inédites qui, dépourvu que j'étais de cette présence à mes côtés de l'écrit, ne me concernaient pas, ou de très loin. Pas intimement. Pas comme aujourd'hui.

Débuter : accepter d'emboîter le pas et de s'extasier bêtement devant la beauté restée vierge de sentiers par d'autres mille fois foulés.

Alors après deux grosses années et la pratique solidement ancrée en moi comme une sale habitude, voilà que je bifurque vers le blog : vers la possibilité de construire une pensée, une fiction qui pourrait aller plus loin qu'elle n'irait dans la seule perspective éditoriale, la seule réalisation de textes embrassant, parfois dans notre dos comme une pensée de derrière la tête, un certains nombre de canons, normes et contraintes. Même si j'espère que ça continuera à rester une part importante du travail. Et même si l'édition numérique ouvre aujourd'hui encore plus la porte à l'insolite, encourage peut-être comme jamais l'invention et la liberté formelle. 

Pas pour rien qu'on publie traditionnellement les Journaux, les Lettres et que pour un auteur que l'on aime, c'est parfois un régal et une part accrue d'épaisseur lovée au coeur de la trace que nous gardons de ses textes.

Parce que tout Journal, toute activité épistolaire soutenue penche à un moment nécessairement du côté de la fiction et qu'il n'y a pas, dans l'acte d'écrire, quelque chose qui relèverait de la littérature et quelque chose qui, dans la langue, lui échapperait entièrement. Chaque phrase est grain de sable d'un tiers monde en devenir, d'un désert en devenir, rouage indispensable au fonctionnement global de la machine d'écriture.

Boite à fictions donc ; ce blog comme le reste. Et sans prétention autre que d'être partie de la construction d'un discours intime motivée par sa diffusion potentielle. 

Des fictions ; mais pas du faux, pas des mensonges. Bien plutôt par-ci par-là peut-être - et par l'un(e) ou l'autre d'entre vous pêchés dans le tas comme à la ligne - porteuses de quelques effets de vérité.

Pas de révélations brutes non plus mais des témoins d'activité, des seuils d'intensité ça et là greffés au grand réseau numérique, bouteilles à la mer du web ; autour de ce que je souhaiterais plus profondément comprendre de ma démarche balbutiante, de ce qui se présentera devant moi comme matériau épars ou interrogations à traiter pour construire, continuer à creuser et autant que faire se peut les différentes galeries de mon terrier.

Un relais, aussi : miroir du boulot réalisé par ailleurs avec les textes proposés aux éditeurs et qui auront la chance d'être acceptés ( un déjà, Roman, en 100% numérique avec Numeriklivres ; normalement c'est pour bientôt... Une nouvelle aussi, dans le prochain numéro de la revue Rue Saint Ambroise ; à paraître en mai...)

Alors à ce titre et en même temps que partie, lieu de la médiation entre ces deux versants d'une tentative d'invention de soi.

En dernier recours aussi famille d'accueil pour les pages qui finalement resteront orphelines, usées de cogner leurs phalanges meurtries aux bois des portes closes.

 

 

 

Boite à fictions.

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