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31 mai 2012 4 31 /05 /mai /2012 08:38

Appel à fiction de François Bon sur son site le tiers livre : ma réponse ( parmi d'autres, très belles) Aller sur le site pour prendre connaissance des photos qui ont donné prétexte.

 


L’endroit était passant mais en même temps camouflé, elle à l’abri et comme tapie derrière les bosquets de saison – c’était le printemps qui était tombé là, pile à la lisière du nouveau tournant de vie qu’il me fallait prendre -, toute proche de la première des gares dans laquelle j’avais échoué, par hasard et inspection systématique aujourd’hui encore de leurs alentours immédiats.

Je ne l’avais pas vue venir.

Elle s’était dressée devant moi au détour d’une quête qui ce jour-là s’était arrêtée rapidement et sans préméditation comme un bon présage pour mes recherches futures, arrêt brutal juste après l’incurvation lente du chemin de terre ocre et l’investissement du regard par ce pan de vieille façade grise précédant à peine le double escalier de bois à rampe centrale.

On se serait cru à la campagne, épargné par le regard tentaculaire de la ville un peu plus bas et dans laquelle, où que tu sois – sur un banc dans un hall d’immeuble une station de métro ou sur un trottoir -, tu restes toujours à la vue de tous et comme continuellement à la portée de leur jugement.

M’étais rapproché lentement, soulagé d’avoir si vite trouvé ce premier refuge, et c’est alors que j’avais compris que je n’étais pas le seul, que la belle était courtisée et marquée au fer jaune du code de l’appropriation urbaine - un vieux meuble sorti sur le devant, juste au bord du chemin et placé tout contre la façade semblait dire lui aussi une vie de silhouettes grises et désœuvrées qui, récurrente, devait chaque soir s’y déverser ; la vie de ces ombres invisibles à la lumière des lampadaires, mucosités sociales s’écoulant par cet arrière-nez de l’urbanisation.

J’avais eu peur alors.

Avais failli rebrousser chemin puis m’étais ravisé et après avoir fait quelques fois le tour, attendu quelques heures jusqu’à la tombée de la nuit sans constater aucune incursion ni agitation alentour, examiné attentivement la physionomie des volets clos – un seul semblait endommagé, il lui manquait un rectangle presque entier de petites lattes en bois mais pas de traces tangibles d’effraction –  étais entré finalement en faisant d’un pied de biche improvisé sauter l’une des persiennes arrières du rez-de-chaussée, avec en tête l’idée de monter quand même le plus haut possible, jusqu’au dernier étage.

 

C’est là que j’ai passé ma première nuit dehors, au bout de l’escalier de bois vermoulu, dans cette chambre vide au plancher poussiéreux et par endroit fin comme du papier à cigarette, menaçant à tout moment de rompre sous mon poids. Que j’ai dormi, cette première nuit ici comme jamais plus, ailleurs, par la suite.

Dormi au point, réveillé avec le jour par le chant des oiseaux, de faire grincer lentement et à peine sur pieds le pan droit du volet de bois qui protégeait – depuis combien de temps ? - la pièce de la lumière, comme si de rien n’était, comme si j’étais chez moi, comme s’il s’agissait à l’époque d’un matin ordinaire ; au point d’agir par habitude d’une vie d’hier encore vivace et bientôt recouverte par la plaie de l’abandon et de l’errance.


fenêtre ouverte sur abandon

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commeunratfaitsonterrier - dans Contributions
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