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12 juin 2012 2 12 /06 /juin /2012 00:00

 

Cours de guitare sommaire.

       

 

... (Do)

Ce n'est pas un Do, ça.

Le Do, c'est sur la deuxième corde, première case.

... (Do)

Avec le premier doigt ; si tu joues dans la première case, mieux vaut jouer avec le premier doigt...

Et tu es obligé de rajouter, presque à chaque fois. Parce que mettre le quatrième (l'auriculaire) - précision pour les non-initiés - et avoir les trois quarts ou plus de la main qui sort du manche et vient butter contre les mécaniques, ça ne les dérangent pas certains. Ne remarquent même pas qu'il y a un petit truc qui cloche dans la position, dans le fait même de penser pouvoir mettre le quatrième doigt dans la première case pour jouer un do, enfin un do tout seul - précision pour les initiés ; quelque chose de pas logique, pas "naturel", quoi ; quelque chose de l'ordre d'une aberration tellement aberrante que tu ne peux t'empêcher de l'interpréter consciente, intentionnelle même : il se fout de moi... Et cela, presque malgré toi.

Le doute se colle alors à ton vécu ; et vacille presque simultanément sous une poussée d'exaspération bien connue et récurrente l'enveloppe entière de la scène.

Lui te regarde ; pétrifié d'incrédulité quant au fait qu'il ait pu faire quelque chose de travers, son foutu quatrième doigt encore en place et la main toujours empêtrée dans les mécaniques. Te regarde avec un air... Deux globes de merlan frit fixés à un porte-manteaux.

Reste silencieux quelques secondes après la question immanquablement tu lui poses - qu'est-ce que je viens de te dire?! - machinalement et comme en cascade sans attendre de réponse autre que convenue : "J'ai oublié".

Il se fout de moi... C'est de la provocation...

Il le fait exprès...

Il le fait exprès, non..?

Vous le faites tous exprès? Vous vous foutez tous de ma gueule?

Un doigt par case : pas besoin d'être sorti de Polytechnique ou même des classes prépas... Toi-même en es très loin ; et ce n'est pas la question. Mais bon, combien de fois tu lui as répété...? A ta décharge, en seulement dix minutes et sans compter les cours des semaines, des mois précédents : combien? C'est pas la première fois qu'on en parle du do... Non?!... Il y a quand même de quoi... Par moment...

Et puis ça tombe sous le sens tout de même, le principe : UN DOIGT PAR CASE. C'est logique, non? On te le dit une fois et c'est bon, pas la peine qu'on te le répète dix secondes plus tard lorsque, ayant acquiescé bien gentiment et fait mine d'avoir enfin compris tu colles le quatrième dans la première case, et sur une tentative qui suit immédiatement l'immersion dans le silence de la dernière syllabe de la directive.

...(Do) 

Non... Premier doigt.

... (Do)

Le premier, ce n'est pas le pouce... Parce que pouce ça ne compte pas, pouce c'est pour rire Ahah Ahah...!!... Il reste derrière le manche, le pouce : il ne compte pas... Parce que pouce ça... Doigt zéro, quoi.

Putain ; y a pas idée... ne compte pas, pouce...

Pas idée de forcer, tordre, maltraiter comme cela les évidences les plus indubitables. Par simple mauvaise volonté, tu en es à cet instant persuadé. C'est pas possible autrement. Les maltraiter ; à un point tel que tu ne peux plus t'empêcher de voir le mal partout ; que tout raisonnement raisonnable reste vain devant l'ombre oppressante de son intention ferme et sournoise de se foutre de ta gueule.

Le pouce... C'est pour rire Ahah.Ahah...!! Vous n'allez pas me dire... On va encore plus loin que quatrième doigt première case, là. On repousse les limites de l'absurde.

Non, mais ; attendez...

Celui qui conduit avec les coudes alors qu'il a encore ses deux mains, c'est qu'il le fait exprès ; non? Vous descendez de la bagnole sans chercher à lui trouver des circonstances atténuantes? Pareil votre femme qui ne comprend toujours pas qu'il vaut mieux pour tout le monde, et la planète juste après votre porte-feuilles, mettre un couvercle sur une casserole d'eau à bouillir et baisser le gaz que de ne pas mettre de couvercle et ouvrir le gaz à fond ; vous pensez à chaque fois et l'espace d'une seconde que c'est un acte hautement signifiant, dans son obstination à s'accrocher à l'aberration la plus ostensible un acte vous invitant à aller faire cuire vos pâtes ailleurs? Vous quittez immanquablement la pièce en lui intimant de se démerder toute seule? Non?

Ben là, tu restes.

Toujours plus pour ton porte-feuilles que pour la planète ou l'éducation musicale des jeunes générations françaises, mais tu restes, stoïque sur ta chaise à tirer du tréfonds de tes poumons une bonne bouffée de cet air rance de salle de cours, saturé d'ennui ; même après le coup du pouce... Histoire d'éviter de te lever, prendre tes affaires et rentrer à la maison... Parce que pouce ça ne compte pas, pouce c'est pour rire... Ahah Ahah...!! 

... (Do)

Non...

Enfin oui... Euh... Non... Je ne parle pas du doigt... Je parle de la note... Ne bouge pas ton doigt... Le doigt... C'est bon, le bouge pas... Surtout... C'est bien, le doigt... Seulement c'est sur la deuxième corde qu'il faut le poser... Première case DEUXIEME corde... Le do... Voilà, tu remontes juste d'une corde....

Fait beau aujourd'hui. Grand soleil sur la partie inférieure du mur béton qui, derrière un étroit soupirail rectangle lardé d'une grille en fer verte aux barreaux proéminents (obligation formulée par l'Assurance après une série d'intrusions nocturnes et criminelles - pour voler quoi, du matos qui date des années quatre-vingt?), te fait face lorsque tu lèves la tête pour symboliquement essayer de prendre l'air et faire baisser un peu la pression.

Tu tiens le bon bout pourtant ; il y est sur son do, là. Pile.

Regardes ta montre en rafale : les aiguilles patinent, impossible pour elles de parcourir les dix dernières minutes restantes avant la fin de la demi-heure impartie et le court laps de temps de répit, celui pendant lequel il range ses affaires, remet difficilement l'instrument dans son étui souple - pas pratique les étuis souples - , les partitions dans la poche prévue à cet effet, sur le dessus. Tu le laisses faire ; faut leur apprendre à être autonomes et gérer leur matériel.

Bref moment de tranquillité pédagogiquement cohérente pendant lequel tu peux laisser aller tes pensées, libre de la parole et de la sollicitation continuelle imposée et au frottement de laquelle tu t'uses chaque jour patiemment comme sur une pierre ponce. Répit jusqu'à ce que tu ouvres la porte, le prochain posté derrière, guitare au dos, attendant le signal. Ca te fait toujours un choc...

Sont de chouettes gamins pourtant. C'est pas le problème ; pas à me plaindre.

Le problème, comme dirait un ancien Ministre - et c'est comme pour les Auvergnats me semble-t-il - c'est quand il y en a beaucoup ; aujourd'hui à la file et -comptez une heure pour bouffer- de neuf à vingt heures. Depuis vingt-cinq ans. Une bonne vingtaine de jolies têtes blondes ou autres à s'enquiller à la chaîne. De (Go)do à attendre interminablement. De paroles déployées en cercles concentriques autour de son absence, son mystère, sa vacuité.

Mercredi ; jour des enfants. 

... (Do)

Non...

Enfin Oui...

C'est à la main droite que ça ne va pas... Tu ne joues pas la bonne corde... Vaut mieux jouer la deuxième aussi... Celle sur laquelle tu poses le premier doigt dans la première case parce que je te rappelle le principe un doigt par case avec le pouce qui ne compte pas... Parce que pouce c'est pour rire ... et qui reste derrière le man... Ahah... Ahah...!!

 

L'insoutenable vacuité du Do.

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commeunratfaitsonterrier - dans En vrac
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