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25 octobre 2012 4 25 /10 /octobre /2012 00:00

(à Audrey Betsch)

 

Avertissement : le texte qui suit était destiné à être un commentaire de ce billet d'Audrey Betsch, diffusé sur son blog. Malheureusement, sa longueur ne m'a pas permis de le publier directement sur son site. Il échoue donc dans le terrier, en espérant qu'Audrey arrive jusqu'à lui.

 

 

  

Merci Audrey,

(si tu permets la familiarité ; et je te tutoierai aussi, comme tu viens sans doute de le remarquer)

   Pour ce billet.

   Pour ceux et celles qui ne savent rien encore de cette  différence qui jour après jour les ronge jusqu’à l’os et qui peut-être, à sa lecture et au détour d’un clic, réaliseront soudainement qu’on y parle bien étrangement d’eux chez toi ; avec un ton, une justesse intime, une évidence dans le ressenti qu’ils connaitront certainement pour la première fois, ou presque. 

   Pour ceux et celles qui commenceront alors enfin à réaliser : qu’ils n’y peuvent rien, que ce n’est pas leur faute. Que le « bon sens » -pédagogique ou ordinaire – est bien plus souvent que de raison un pauvre con qui n’a pas idée de quoi ni de qui il parle ; d’ailleurs, de qui parle-t-il ? Où se cache l’individu médiant, l’individu pile-poil-juste-dans-la-norme dont il s’enorgueillit et espère tant ? Dont il nous vante tant les mérites si évidents ? Qui détient réellement ces vérités toutes faites et crachées avec hauteur et dédain au visage de celui qui ostensiblement ne les partage pas, ne peut même pas - sans risque pour sa santé mentale - faire semblant de les  partager. Faire semblant d’y croire. Qui est incapable de les vivre et de les faire siennes. Ces vérités blessantes, humiliantes, stigmatisantes, pétries de jugements de valeur les plus absurdes et qui voudraient que l’on puisse être autre que ce que l’on est. Qui voudrait à toutes forces que l’on soit tous pareils, quoi. Tous capables de passer par le même trou d’aiguille.

   Pour ceux et celles aussi qui ne correspondent pas exactement au profil de ta fille et peuvent difficilement être dépistés ; qui réussissent à dissimuler leur mal-être sous une capacité instinctive à subir, à endurer, à avaler les couleuvres indigestes et implacables de la logique ordinaire sans broncher extérieurement, ou presque. Sans alerter plutôt. Sans que leur corps se rebelle ; que leurs nerfs lâchent. Sans que les cendres de leur combustion interne se déversent sur leur entourage au lieu de se répandre dans le vide toujours plus béant de leur être. Parce qu’il faut le plus souvent frapper à l’écoute même de ceux qui t’aiment, tambouriner comme un fou dans ces cas-là, pour que l’on t’entende, qu’on te prenne un peu au sérieux. Et certains n’en ont pas même la force : ou s’y prennent mal. Ou tombent sur des sourds. Pour ceux et celles-là donc que le silence étouffe, peut-être la lecture fortuite de ton billet creusera-t-elle une brèche dans l’enceinte noire au sein de laquelle ils restent emmurés, brèche qui leur permettra, pour peu qu’ils s’y attardent un instant et suivent les liens que tu leur tends comme bouées de sauvetage, de pouvoir stopper un peu la noyade et renaître lentement à la vie.

   Pour ceux et celles encore pour qui l’école n’a été qu’un immense ennui, un sérieux gâchis et une terrible destruction ; une atroce culpabilité, surtout. Celle de ne pas y arriver, de ne pas être à la hauteur. Celle surtout de ne pas pouvoir s’y intéresser, de s’y ennuyer ferme, de n’y rien comprendre à leurs méthodes leurs exercices leurs problèmes leurs contrôles leurs bulletins leurs jugements leur culture leur savoir ; celle de devenir illico pour eux tous et rapidement aussi pour soi-même un branleur, un moins-que-rien, un idiot, un vrai beauf tout juste capable de se servir de sa télécommande ou de taper dans un ballon. Mais qui ne voulait pas non plus forcément faire un CAP ou être orienté en cinquième. Alors certains s’en sortent parfois, tant bien que mal, faut pas généraliser, atteignent le Saint-Graalalauréat ; se retrouvent même et paradoxalement avec des diplômes plein leurs tiroirs mais sont incapables de s’en servir parce qu’exsangues, broyés menu par cette machine dans laquelle ils n’ont finalement jamais réussi à être rouage bien huilé. Même sous les menaces et admonestations à répétition, les crises d’angoisses et de désespoir qui doublent quotidiennement leur incapacité à être comme les autres – parce que c’est « marche ou crève »aujourd’hui encore, un peu, par chez nous. Et de l’école au boulot, la conséquence est bonne bien sûr, presque implacable ; le décalage partout, l’ennui de toutes parts qui avalent la totalité de leur monde.

   Pour moi peut-être, parce que c’est ton blog que j’aurai pu croiser comme ça, à mon carrefour de vie à moi, en lieu et place  du bouquin de Mme Siaud-Facchin, « en suggestion » sur le rayon de ma médiathèque de banlieue – L’adulte surdoué. Même si je ne suis pas - je te l'avoue - un lecteur régulier de ton site. Et ce quelque chose d’une raison obscure qui m’a poussé à le ramener à la maison ce jour-là aurait tout aussi bien pu me pousser à te lire, et à me découvrir. Finalement.

   Pour ta petite enfin ; parce qu’elle a de la chance, sacrément. D’être en mesure de pouvoir déjà nommer ce qui la constitue différente et apprendre à vivre avec sans se laisser trop détruire trop longtemps par tout ça. Même si le quotidien restera probablement pour elle toujours un peu plus difficile, toujours un peu trop compliqué, serrant toujours d’un peu trop près.

   Merci donc Audrey, pour nous tous. Et pour tous ceux et celles que j’ai oubliés, perdus parmi les 1 sur 10. Pour la possibilité de ce texte aussi, coïncidence pour moi émouvante mais peut-être un peu longuement exploitée, là… je m’en rends brusquement compte.

    Alors pour cette prolixité et si elle t’a un peu pesée : désolé !

Merci

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