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10 août 2013 6 10 /08 /août /2013 15:09

Lecture aléatoire et non-philosophique de l'Ethique

 

Mais la puissance de l’homme est extrêmement limitée, et infiniment surpassée par la puissance des causes extérieures ; et par suite nous n’avons pas le pouvoir absolu d’adapter à notre usage les choses qui sont en dehors de nous. Et pourtant, c’est d’une âme égale que nous supporterons ce qui nous arrive en contradiction avec ce qu’exige la règle de notre utilité, si nous sommes conscients du fait que nous nous sommes acquittés de notre tâche, que la puissance que nous avons n’est pas allée jusqu’à nous permettre de l’éviter, et que nous sommes une partie de la nature tout entière, dont nous suivons l’ordre. Si nous comprenons cela clairement et distinctement, cette partie de nous qui se définit par l’intelligence, c'est-à-dire la meilleure part de nous, y trouvera une pleine satisfaction, et s’efforcera de persévérer dans cette satisfaction. Car, en tant que nous comprenons, nous ne pouvons aspirer à rien qui ne soit nécessaire, ni, absolument parlant, trouver de satisfaction ailleurs que dans le vrai ; et par suite, en tant que nous comprenons correctement les choses, l’effort de la meilleure part de nous se trouve en cela convenir avec l’ordre de la nature toute entière.

    (Ethique IV Appendice Chapitre XXXII Trad Bernard Pautrat)

Un été avec Spinoza #20
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7 août 2013 3 07 /08 /août /2013 11:37

Lecture aléatoire et non-philosophique de l'Ethique

 

 

Nous avons en effet montré, dans l’Appendice de la Première Partie, que la Nature n’agit pas en vue d’une fin ; car cet Etant éternel et infini que nous appelons Dieu, autrement dit la Nature, agit avec la même nécessité par laquelle il existe. Car, de la même nécessité de nature par laquelle il existe, de la même nécessité il agit, nous l’avons montré. Donc la raison ou cause qui fait que Dieu, autrement dit la Nature, agit, et celle qui fait qu’il existe, est une seule et même raison. De même donc qu’il n’existe en vue d’aucune fin, il n’agit également en vue d’aucune fin ; mais de même que, pour exister, il n’a ni commencement ni fin, de même il n’en a pas non plus pour agir. Et la cause qu’on dit finale n’est rien d’autre que l’appétit humain lui-même, en tant qu’on le considère comme le principe d’une chose, autrement dit comme sa cause primaire. Par ex, quand nous disons que l’habitation a été la cause finale de telle ou telle maison, nous n’entendons alors assurément rien d’autre, sinon que l’homme, de ce qu’il a imaginé les commodités de la vie domestique, a eu l’appétit d’édifier une maison. Et donc l’habitation, en tant qu’on la considère comme cause finale, n’est rien que cet appétit singulier, qui en vérité est une cause efficiente, que l’on tient pour première parce que les hommes ignorent communément les causes de leurs appétits.

    (Ethique IV Préface Trad Bernard Pautrat)

 

Un été avec Spinoza #19
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6 août 2013 2 06 /08 /août /2013 11:00

Lecture aléatoire et non-philosophique de l'Ethique

 

Tout singulier, autrement dit toute chose qui est finie, et a une existence déterminée, ne peut exister, ni être déterminée à opérer, à moins d'être déterminée à exister et à opérer par une autre chose, qui elle aussi est finie et a une existence déterminée : et à son tour cette cause ne peut pas non plus exister, ni être déterminée à opérer, à moins d'y être déterminée par une autre qui elle aussi est finie et a une existence déterminée, et ainsi à l'infini.

 

Dans la nature des choses il n'y a rien de contingent, mais tout y est déterminé, par la nécessité de la nature divine, à exister et opérer d'une manière précise.

   (Ethique I Prop XXVIII et XXIX Trad Bernard Pautrat)

Un été avec Spinoza #18
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4 août 2013 7 04 /08 /août /2013 13:00

Lecture aléatoire et non-philosophique de l'Ethique

 

 

Une action quelconque est dite mauvaise en tant qu’elle naît de ce que nous sommes affectées de Haine ou de quelque affect mauvais. Or aucune action, considérée en soi seule, n’est bonne ou mauvaise : mais une seule et même action est tantôt bonne, tantôt mauvaise ; donc à cette même action qui présentement est mauvaise, autrement dit qui naît d’un affect mauvais, nous pouvons être conduit par la raison. CQFD

Expliquons cela plus clairement par un exemple ; l’action de frapper, en tant qu’on la considère physiquement, et si nous prêtons attention seulement au fait qu’un homme lève le bras, ferme la main et meut avec force tout son bras vers le bas, est une vertu, qui se conçoit par la structure du Corps humain. Si donc un homme, poussé par la Colère ou bien la Haine, est déterminé à fermer la main ou à mouvoir son bras, cela a lieu, comme nous l’avons montré dans la Deuxième Partie, parce qu’une seule et même action peut se trouver jointe à n’importe quelle image de choses ; et par suite, nous pouvons être déterminés à une seule et même action aussi bien par des images de choses que nous concevons confusément que de celles que nous concevons clairement et distinctement. Il appert donc que tout Désir qui naît d’un affect qui est une passion ne serait d’aucun usage si les hommes pouvaient être conduits par la raison.

   (Ethique IV Prop LIX Deuxième démonstration et Scolie Trad Bernard Pautrat)

Un été avec Spinoza #17
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3 août 2013 6 03 /08 /août /2013 11:03

Lecture aléatoire et non-philosophique de l'Ethique

 

Personne donc, à moins d’être vaincu par des causes extérieures et contraires à sa nature, ne néglige d’aspirer à ce qui lui est utile, autrement dit, de conserver son être. Personne, dis-je, par la nécessité de sa nature et sans y être contraint par des cause extérieures, ne répugne à s’alimenter, ou bien ne se suicide, ce qui peut se faire de bien des manières ; car l’un se tue parce que l’autre l’y force, en lui tordant la main qui par hasard avait saisi un glaive, et en le forçant à tourner le glaive contre son cœur ; un autre, c’est le mandat d’un Tyran, comme Sénèque, qui le force à s’ouvrir les veines, c'est-à-dire qu’il désire éviter par un moindre mal un plus grand ; ou bien enfin c’est parce que des causes extérieures cachées disposent l’imagination de telle sorte, et affectent le Corps de telle sorte, que celui-ci revêt une autre nature, contraire à la première, et dont il ne peut y avoir l’idée dans l’Esprit. Mais que l’homme, par la nécessité de sa nature, s’efforce de ne pas exister, ou de changer de forme, cela est aussi impossible que de faire quelque chose à partir de rien, comme chacun peut le voir en méditant un peu.

   (Ethique IV Prop XX Scolie trad Bernard Pautrat)

 

Un été avec Spinoza #16
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1 août 2013 4 01 /08 /août /2013 17:42

Lecture aléatoire et non-philosophique de l'Ethique

 

Cette tristesse qu’accompagne l’idée de notre faiblesse s’appelle Humilité ; et la Joie qui naît de la contemplation de nous-mêmes, Amour-propre, ou bien Satisfaction de soi-même. Et, comme celle-ci se répète toutes les fois que l’homme contemple ses vertus, autrement dit sa puissance d’agir, de là vient donc également que chacun adore raconter ses hauts faits, et faire étalage de ses forces tant corporelles que spirituelles, et que les hommes pour cette raison sont pénibles les uns aux autres. D’où de nouveau il suit que les hommes sont envieux de nature, autrement dit, se réjouissent de la faiblesse de leurs égaux, et, au contraire, s’attristent de leur vertu. Car, chaque fois que chacun imagine ses propres actions, chaque fois il est affecté de Joie, et d’une Joie d’autant plus grande qu’il imagine plus de perfection exprimée par ses actions, et qu’il les imagine plus distinctement, c'est-à-dire d’autant plus qu’il peut mieux les distinguer des autres et les contempler comme des choses singulières. Et donc, là où chacun se réjouira le plus de la contemplation de lui-même, c’est quand il contemple en lui-même quelque chose qu’il nie dans tous les autres. Mais si, ce qu’il affirme de soi, il le rapporte à l’idée universelle d’homme ou bien d’animal, il ne se réjouira pas autant ; et au contraire, il sera triste s’il imagine que ses actions, comparées aux actions des autres, sont plus faibles. Tristesse que du reste il s’efforcera d’éloigner, et ce en interprétant vicieusement les actions de ses égaux, ou bien en enjolivant les siennes autant qu’il peut.

  (Ethique III Prop LV Trad Bernard Pautrat)

 

 

Un été avec Spinoza #15
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30 juillet 2013 2 30 /07 /juillet /2013 18:15

Lecture aléatoire et non-philosophique de l'Ethique

 

L’impuissance humaine à maîtriser et à contrarier les affects, je l’appelle Servitude : en effet, l’homme soumis aux affects est sous l’autorité non de lui-même, mais de la fortune, au pouvoir de laquelle il se trouve à ce point qu’il est souvent contraint, quoiqu’il voit le meilleur pour lui-même, de faire pourtant le pire.

  (Ethique IV Préface Trad Bernard Pautrat)

Un été avec Spinoza #14
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29 juillet 2013 1 29 /07 /juillet /2013 15:32

Lecture aléatoire et non-philosophique de l'Ethique

 

Car il y a autre chose que je voudrais ici noter tout particulièrement, c’est qu’il n’est rien que nous puissions faire par décret de l’Esprit à moins de nous en souvenir. Par ex., nous ne pouvons pas dire un mot à moins de nous en souvenir. Ensuite, il n’est pas au libre pouvoir de l’Esprit de se souvenir d’une chose ou bien de l’oublier. Et donc, ce que l’on croit être au pouvoir de l’Esprit, c’est seulement de pouvoir par décret de l’Esprit ou bien dire ou bien taire la chose dont nous nous souvenons. Mais, lorsque nous rêvons que nous parlons, nous croyons parler par un libre décret de l’Esprit alors que pourtant nous ne parlons pas, ou, si nous parlons, cela se fait par un mouvement spontané du Corps. Ensuite, quand il nous arrive de rêver que nous cachons des choses aux hommes, c’est par le même décret de l’Esprit que celui par lequel, à l’état de veille, nous taisons ce que nous savons. Et enfin il nous arrive de rêver que nous faisons, par décret de l’Esprit, des choses qu’en état de veille nous n’oserions pas faire. Et par suite je voudrais bien savoir s’il y a dans l’Esprit deux genres de décrets, les Oniriques, et les Libres ? Que si l’on ne veut pas être fou à ce point-là, il faut nécessairement accorder que ce décret de l’Esprit, qu’on croit libre, ne se distingue pas de l’imagination ou mémoire elle-même, et n’est rien d’autre que l’affirmation qu’enveloppe nécessairement l’idée, en tant qu’elle est idée. Et par suite ces décrets de l’Esprit naissent dans l’Esprit avec la même nécessité que les idées des choses existant en acte. Ceux donc qui croient qu’ils parlent, ou se taisent, ou font quoi que ce soit, par un libre décret de l’Esprit, rêvent les yeux ouverts.

   (Ethique III Prop II Scolie trad Bernard Pautrat)

Un été avec Spinoza #13
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28 juillet 2013 7 28 /07 /juillet /2013 17:07

Lecture aléatoire et non-philosophique de l'Ethique

 

Par là je crois avoir montré la raison pour laquelle les hommes sont plus mus par l’opinion que par la vraie raison, et pourquoi la vraie connaissance du bien et du mal excite des émotions de l’âme, et le cède souvent à toute espèce de lubricité ; d’où est né le mot du poète : Je vois le meilleur et l’approuve, je fais le pire. Cela même que l’ecclésiaste a eu lui aussi dans l’esprit, semble-t-il, quand il a dit : Qui augmente la science, augmente la douleur. Et, si je dis cela, ce n’est pas afin d’en conclure qu’il vaut mieux ignorer que savoir, ou bien qu’il n’y a pas, dans la maîtrise des affects, de différence entre le sot et l’intelligent ; mais c’est parce qu’il nous faut connaître tant la puissance que l’impuissance de notre nature pour pouvoir déterminer ce que peut la raison dans la maîtrise des affects, et ce qu’elle ne peut pas ; et j’ai dit que dans cette Partie je ne parlerai que de l’impuissance humaine. Car j’ai décidé de traiter séparément de la puissance de la Raison sur les affects.

   (Ethique IV Prop XVII Scolie Trad Bernard Pautrat)

Un été avec Spinoza #12
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24 juillet 2013 3 24 /07 /juillet /2013 15:23

Lecture aléatoire et non-philosophique de l'Ethique

 

Il suffira ici que je prenne pour fondement ce qui doit être à la connaissance de tous ; je veux dire, que les hommes naissent tous ignorants de causes des choses, et qu’ils ont tous l’appétit de chercher ce qui leur est utile, chose dont ils ont conscience. Car de là suit, premièrement, que les hommes se croient libres, pour la raison qu’ils ont conscience de leurs volitions et de leur appétit, et que, des causes qui les disposent à appéter et à vouloir, ils les ignorent, et n’y pensent même pas en rêve. Il suit, deuxièmement, qu’en tout les hommes agissent à cause d’une fin ; à savoir, à cause de l’utile, dont ils ont l’appétit ; d’où vient que, des choses accomplies, ils veulent toujours savoir les causes finales, et rien qu’elles, et quand on les leur à dites, ils sont contents ; c’est qu’ils n’ont plus alors de raison de douter. Et, si nul ne peut les leur dire, ils ne leur reste plus qu’à se tourner vers eux-mêmes, à réfléchir aux fins qui les déterminent eux-mêmes, d’ordinaire, à de tels actes, et à juger nécessairement du tempérament d’autrui à partir de leur propre tempérament.

    (Ethique I Appendice trad Bernard Pautrat)

Un été avec Spinoza #11
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