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27 août 2012 1 27 /08 /août /2012 00:00

Dans le cadre du quatrième appel à fiction ( ici à slogan ; comme le code de la route accrocher la littérature à la ville) de François Bon sur  le tiers livre.

 

   "Derrière l'enfilade des pare-chocs, l'appel d'air. Patience, la ville t'aspire."

( Un panneau/un mot, espacés d'une centaine de mètre ou deux, entre deux rond-points par exemple, pour patienter)

Bords de route
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12 juillet 2012 4 12 /07 /juillet /2012 00:00

           Lambeaux d’écriture  isolés, incapables de faire agencement, de s’agréger, de faire sens dans des connexions fictionnelles viables. Rebelles, indépendants, trop riches ou lieux communs, insignifiants peut-être, dans toutes les configurations trop éloignés des autres. Valant pour eux-mêmes et livrés tels : bruts.

 

 

 

      Raboter l’orgueil ; tenter de le plier à des courbes douces anéantissant ses angles aigus de susceptibilité et d’humeur exacerbée ; le rendre lisse ; lisse et rond le rendre doux ; doux au toucher quand on passera la main autour comme sur une boule de bois travaillé et verni le rendre inoffensif ; rond et inoffensif faire qu’il se rende ; c’est ça.

      Qu’il se rende ; rond et inoffensif.

      Le rendre d’équerre et réajuster ses aspirations folles au niveau réel de tes désirs le rendre muet ; c’est ça.

        Muet.

     Le ramener de force à sa creuse réalité le rendre au rien ; au rien qui est sien le soumettre à la stricte nécessité géométrique du monde ; du monde tel qu’il est. 

       Laisser son moi respirer.

 

BRUTS #2
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commeunratfaitsonterrier - dans Bruts
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9 juillet 2012 1 09 /07 /juillet /2012 10:32

INFO ( à partager...!) : Like a rolling stone, nouvelle parue le 05 mai dernier dans le numéro 29 de la revue Rue Saint Ambroise est désormais accessible en ligne sur le site de la revue.


Like a rolling stone
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commeunratfaitsonterrier - dans En vrac
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5 juillet 2012 4 05 /07 /juillet /2012 00:00

           Lambeaux d’écriture isolés, incapables de faire agencement, de s’agréger, de faire sens dans des connexions fictionnelles viables. Rebelles, indépendants, trop riches ou lieux communs, insignifiants peut-être, dans toutes les configurations trop éloignés des autres. Valant pour eux-mêmes et livrés tels : bruts.

 

 

      Heures blanches.

     Uniformes.

     Heurtées le jour durant par le choc répétitif de la possibilité entravée d'un texte.

    A l’intérieur idées chaotiques qui se (dé)forment sans temps d’arrêt et pour cela  même échappent sans cesse à la saisie du langage : en elles naissance et mort coïncident dans l’immobilité de la page blanche, pourtant noircie de tes peurs et préjugés et opinions et blocages et incapacité et ; toi doigts en attente et comme pétrifiés au-dessus du clavier.

   L'âme sèche et la boule au ventre tu les comptes, ces heures comme les moutons ; les voir de tout leur long devant toi défiler, une à une, vides et indifférentes, arrogantes presque.

    Le soir venu : s’endormir dessus comme sur la planche cloutée du fakir.

 

Bruts
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commeunratfaitsonterrier - dans Bruts
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22 juin 2012 5 22 /06 /juin /2012 00:00

 

Humeur 

 

 

On est dans l’ère du débat. Faut débattre. Savoir débattre, savoir se battre. Savoir parler, penser juste en temps réel, en temps compté.

Le temps du débat est fait de la texture de l’Autre, autant que de la tienne propre : un temps d’entre-deux temps qui encadre – canal artificiel dédié à la circulation du sens – les vitesses par nature différentielles de débits, de pensées.

Temps des cabines radio, plateaux télé. Temps de parole, chronométré.

Alors faut savoir imposer son sens, contrer le flux adverse. Faire d’une voie à double sens une voie à sens unique, où la Vérité est Une et n’irait que dans un sens : convaincre, ou piéger, acculer le dos contre et la lame sous le nez. Tout ramener à soi, traiter les objections comme confirmations de ses affirmations, user jusqu’aux sophismes les plus crasseux et moyens les plus lâches pour vaincre tu es dans l’arène, sur le ring médiatique pour donner du cirque intelligent aux cerveaux disponibles et gagner ton pain ; te faut la victoire, par tous les moyens.

Avoir de la répartie, valeur phare de ta vie les dieux sont chroniqueurs. Journalistes à leurs heures. Ou l’inverse.

Tu peux en être un toi aussi. Parler fort, affirmer sur tous sujets, avoir l’humour fin d’une omniscience qui peut se vouloir subitement décalée (parce que le sérieux n’est jamais aussi sérieux que lorsqu’il est capable d’un instant se relâcher en un ricanement bien grassouillet), ne jamais rendre les armes même s’il faut tout renier, savoir se battre et l’emporter. Etre le Vrai.

Combien de fois le smic en une soirée ?

Bientôt des Ecoles : The Zemmour high school of spirit fight… The Naullau Academy… Team Ruquier brodé à l’arrière des chemises au col déboutonné… And co… Dur de tous les citer : la concurrence est rude aux portes de la Pensée, aux frontières des Idées. Au programme projections d’arguments, clés de raisonnements, frappes et pointes d’esprit, souvent sous la ceinture mais tu veux l’imposer oui ou non, ton avis ?

Et combien prêts à payer pour apprendre à distiller sur leur époque et autour d’une table feutrée par le filtre des caméras et la lumière des chandeliers, coupe de champagne en bouclier, la douloureuse mais salvatrice Vérité ? Pour recevoir leur diplôme d’expert en grands airs, d’expert en tout j’ai aimé pas aimé, mon pauvre t’es nul à chier, chef d’œuvre j’ai décidé, tendances et histoire de la politique sport littérature théâtre marchés problèmes de société… choisis le domaine j’ai mes fiches je peux assurer ; sur les ondes étriquées où l’on entend toujours les mêmes, les chaînes télé, dans les journaux dans les bouquins à gros tirage qui peuplent les étals des supermarchés faut pas s’étonner : si même chez Gallimard et pour mille cinq cent euros on se met maintenant à les former, les futurs écrivains, les futurs publiés.

Tu ne veux pas payer ? Tu refuses de t’exprimer ? De donner ton avis, ton opinion sur tous sujets ? De sacrifier au débat ? Tu tournes le dos à la joute verbale, à ta potentielle fonction de maître à penser, à ta possible notoriété ?

Tu préférerais ne pas.

Débats-toi.

Loin du diktat du débat, débats-toi avec l’image du langage que sans cesse ils te renvoient.

Apprends à écrire.

Arrête de parler.

 

 

 

 

 

Débat(s-toi)
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commeunratfaitsonterrier - dans L'air de notre ère
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12 juin 2012 2 12 /06 /juin /2012 00:00

 

Cours de guitare sommaire.

       

 

... (Do)

Ce n'est pas un Do, ça.

Le Do, c'est sur la deuxième corde, première case.

... (Do)

Avec le premier doigt ; si tu joues dans la première case, mieux vaut jouer avec le premier doigt...

Et tu es obligé de rajouter, presque à chaque fois. Parce que mettre le quatrième (l'auriculaire) - précision pour les non-initiés - et avoir les trois quarts ou plus de la main qui sort du manche et vient butter contre les mécaniques, ça ne les dérangent pas certains. Ne remarquent même pas qu'il y a un petit truc qui cloche dans la position, dans le fait même de penser pouvoir mettre le quatrième doigt dans la première case pour jouer un do, enfin un do tout seul - précision pour les initiés ; quelque chose de pas logique, pas "naturel", quoi ; quelque chose de l'ordre d'une aberration tellement aberrante que tu ne peux t'empêcher de l'interpréter consciente, intentionnelle même : il se fout de moi... Et cela, presque malgré toi.

Le doute se colle alors à ton vécu ; et vacille presque simultanément sous une poussée d'exaspération bien connue et récurrente l'enveloppe entière de la scène.

Lui te regarde ; pétrifié d'incrédulité quant au fait qu'il ait pu faire quelque chose de travers, son foutu quatrième doigt encore en place et la main toujours empêtrée dans les mécaniques. Te regarde avec un air... Deux globes de merlan frit fixés à un porte-manteaux.

Reste silencieux quelques secondes après la question immanquablement tu lui poses - qu'est-ce que je viens de te dire?! - machinalement et comme en cascade sans attendre de réponse autre que convenue : "J'ai oublié".

Il se fout de moi... C'est de la provocation...

Il le fait exprès...

Il le fait exprès, non..?

Vous le faites tous exprès? Vous vous foutez tous de ma gueule?

Un doigt par case : pas besoin d'être sorti de Polytechnique ou même des classes prépas... Toi-même en es très loin ; et ce n'est pas la question. Mais bon, combien de fois tu lui as répété...? A ta décharge, en seulement dix minutes et sans compter les cours des semaines, des mois précédents : combien? C'est pas la première fois qu'on en parle du do... Non?!... Il y a quand même de quoi... Par moment...

Et puis ça tombe sous le sens tout de même, le principe : UN DOIGT PAR CASE. C'est logique, non? On te le dit une fois et c'est bon, pas la peine qu'on te le répète dix secondes plus tard lorsque, ayant acquiescé bien gentiment et fait mine d'avoir enfin compris tu colles le quatrième dans la première case, et sur une tentative qui suit immédiatement l'immersion dans le silence de la dernière syllabe de la directive.

...(Do) 

Non... Premier doigt.

... (Do)

Le premier, ce n'est pas le pouce... Parce que pouce ça ne compte pas, pouce c'est pour rire Ahah Ahah...!!... Il reste derrière le manche, le pouce : il ne compte pas... Parce que pouce ça... Doigt zéro, quoi.

Putain ; y a pas idée... ne compte pas, pouce...

Pas idée de forcer, tordre, maltraiter comme cela les évidences les plus indubitables. Par simple mauvaise volonté, tu en es à cet instant persuadé. C'est pas possible autrement. Les maltraiter ; à un point tel que tu ne peux plus t'empêcher de voir le mal partout ; que tout raisonnement raisonnable reste vain devant l'ombre oppressante de son intention ferme et sournoise de se foutre de ta gueule.

Le pouce... C'est pour rire Ahah.Ahah...!! Vous n'allez pas me dire... On va encore plus loin que quatrième doigt première case, là. On repousse les limites de l'absurde.

Non, mais ; attendez...

Celui qui conduit avec les coudes alors qu'il a encore ses deux mains, c'est qu'il le fait exprès ; non? Vous descendez de la bagnole sans chercher à lui trouver des circonstances atténuantes? Pareil votre femme qui ne comprend toujours pas qu'il vaut mieux pour tout le monde, et la planète juste après votre porte-feuilles, mettre un couvercle sur une casserole d'eau à bouillir et baisser le gaz que de ne pas mettre de couvercle et ouvrir le gaz à fond ; vous pensez à chaque fois et l'espace d'une seconde que c'est un acte hautement signifiant, dans son obstination à s'accrocher à l'aberration la plus ostensible un acte vous invitant à aller faire cuire vos pâtes ailleurs? Vous quittez immanquablement la pièce en lui intimant de se démerder toute seule? Non?

Ben là, tu restes.

Toujours plus pour ton porte-feuilles que pour la planète ou l'éducation musicale des jeunes générations françaises, mais tu restes, stoïque sur ta chaise à tirer du tréfonds de tes poumons une bonne bouffée de cet air rance de salle de cours, saturé d'ennui ; même après le coup du pouce... Histoire d'éviter de te lever, prendre tes affaires et rentrer à la maison... Parce que pouce ça ne compte pas, pouce c'est pour rire... Ahah Ahah...!! 

... (Do)

Non...

Enfin oui... Euh... Non... Je ne parle pas du doigt... Je parle de la note... Ne bouge pas ton doigt... Le doigt... C'est bon, le bouge pas... Surtout... C'est bien, le doigt... Seulement c'est sur la deuxième corde qu'il faut le poser... Première case DEUXIEME corde... Le do... Voilà, tu remontes juste d'une corde....

Fait beau aujourd'hui. Grand soleil sur la partie inférieure du mur béton qui, derrière un étroit soupirail rectangle lardé d'une grille en fer verte aux barreaux proéminents (obligation formulée par l'Assurance après une série d'intrusions nocturnes et criminelles - pour voler quoi, du matos qui date des années quatre-vingt?), te fait face lorsque tu lèves la tête pour symboliquement essayer de prendre l'air et faire baisser un peu la pression.

Tu tiens le bon bout pourtant ; il y est sur son do, là. Pile.

Regardes ta montre en rafale : les aiguilles patinent, impossible pour elles de parcourir les dix dernières minutes restantes avant la fin de la demi-heure impartie et le court laps de temps de répit, celui pendant lequel il range ses affaires, remet difficilement l'instrument dans son étui souple - pas pratique les étuis souples - , les partitions dans la poche prévue à cet effet, sur le dessus. Tu le laisses faire ; faut leur apprendre à être autonomes et gérer leur matériel.

Bref moment de tranquillité pédagogiquement cohérente pendant lequel tu peux laisser aller tes pensées, libre de la parole et de la sollicitation continuelle imposée et au frottement de laquelle tu t'uses chaque jour patiemment comme sur une pierre ponce. Répit jusqu'à ce que tu ouvres la porte, le prochain posté derrière, guitare au dos, attendant le signal. Ca te fait toujours un choc...

Sont de chouettes gamins pourtant. C'est pas le problème ; pas à me plaindre.

Le problème, comme dirait un ancien Ministre - et c'est comme pour les Auvergnats me semble-t-il - c'est quand il y en a beaucoup ; aujourd'hui à la file et -comptez une heure pour bouffer- de neuf à vingt heures. Depuis vingt-cinq ans. Une bonne vingtaine de jolies têtes blondes ou autres à s'enquiller à la chaîne. De (Go)do à attendre interminablement. De paroles déployées en cercles concentriques autour de son absence, son mystère, sa vacuité.

Mercredi ; jour des enfants. 

... (Do)

Non...

Enfin Oui...

C'est à la main droite que ça ne va pas... Tu ne joues pas la bonne corde... Vaut mieux jouer la deuxième aussi... Celle sur laquelle tu poses le premier doigt dans la première case parce que je te rappelle le principe un doigt par case avec le pouce qui ne compte pas... Parce que pouce c'est pour rire ... et qui reste derrière le man... Ahah... Ahah...!!

 

L'insoutenable vacuité du Do.
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9 juin 2012 6 09 /06 /juin /2012 22:11

Appel à fiction, 2 : toujours sur le tiers livre

 


Nous avaient passé un film sur l’avenir radieux du plateau, les projets d’implantations multiples d’instituts de recherche publics et privés, tous travaillant dans la concorde et la coopération pour l’Amour et la Beauté de la Science, du progrès atomique, humain et technologique ; un pôle économique, un cluster dans leur jargon il allait incarner dans les prochaines décennies, le plateau, encore tout recouvert de forêts, l’un des plus gros centre de recherche universitaire un campus géant à l’échelle humaine en même temps qu’à celle des territoires encore à conquérir ils en avaient des projets, des idées plein la tête qui se matérialisaient devant nous à des vitesses folles sur des cartes animées où l’activité réfléchie de l’homme s’esthétise virtuellement en progressions de couleurs et flèches explicatives, anticipe en 3D son emprise totale mais respectueuse sur la Nature – ben voyons – ils y croyaient tous ces cravateux venus nous accueillir et nous vendre leur came mais faut être honnête, aussi : ce projet, je le voulais, il me le fallait, pour vivre, vous comprenez - l’argent public c’est pas tous les jours qu’on te le propose - seulement vivre mais il me le fallait, j’allais avoir une idée, je me sentais capable de défendre une performance même si je n’avais pas la moindre notion de ce à quoi elle allait pouvoir ressembler il me le fallait, comme à eux un artiste – et c’est pour ça qu’on était là, tous, assis dans cette salle de réunion cossue de l’Hôtel de Ville ; qu’on était là, parce qu’ils avaient besoin de l’un de nous pour réunir la Science et l’Art, faire de la complémentarité des disciplines un atout majeur de la Recherche et du Rayonnement Français.

Et la Commission, c’est moi qu’elle avait choisi finalement, parmi les centaines de prétendants assis côte à côte sur des chaises pliantes mais cosy à les écouter déblatérer leurs utopies par cartes interposées, à se regarder en coin pour tout à la fois se rencarder sur ce qu’ils pouvaient bien foutre là et sonder la force susceptible en tout autre de leur passer devant et sous le nez leur rafler le pompon ; mon travail qu’elle avait décidé de retenir et le poids des nuits passées à gamberger pour trouver un truc viable à proposer avait disparu tout d’un coup, aspiré par la satisfaction et la légèreté que me causait cette décision, les mois de loyer comme par avance et enchantement réglés ; avalés aussi les sacrifices l’énergie le vital dépensés pour concevoir ce mur que je voulais bâtir entre l’atomique et le reste du monde, comme un rempart, un symbole lourd de matière lourde, de couleurs vives ; à l’antithèse de l’infiniment petit dresser devant ce qui en est l’un des symboles et en recèle tous les mystères – les labos - la pesanteur et la prestance naturelle de l’acier ; ils avaient aimé l’idée.

Le chantier a débuté.

Sur pied trois colonnes puis gel des crédits ; aussi l’amorce d’une suivante dont les débris gisent aujourd’hui encore au même endroit que le matin où je suis arrivé et où l’on m’a renvoyé à la maison parce que la performance était « provisoirement» interrompue : problèmes de financement mais qui devraient se résoudre rapidement c'est-à-dire maximum dans les jours voire les semaines qui viennent tout au plus vraiment, ne vous inquiétez pas.

Mon mur devait dessiner un demi-cercle de fer et d’air, le long des bâtiments ; son embryon veille aujourd’hui les remorques des semis et la progression inexorable des mauvaises herbes qui percent jusqu’à la dalle de bitume qui devait lui servir de socle, du lierre qui enserre et asphyxie un par un chacun de ses éléments jusqu’à ce que tout soit pourri, rouillé, souillé d’abandon et d’indifférence alors comme à chaque escale ou presque cette question au fond de ma vision délabrée : de toi, qu’est-ce qu’il reste finalement alors que chacune de tes œuvres est par nature soumise à l’épreuve destructrice du temps et des intrigues politiques et financières ? De pérennité, est-ce que tu en conserves autre chose que ce tableau désolant, ce gâchis, cimetière artistique changé en parking pour remorques de routiers ? Qui conserve aujourd’hui ne serait-ce que la vague idée de ce tu voulais faire, de ce que tu voulais dire ici de toi-même?

Le tour de France de l’état actuel de mes performances s’arrête à Saclay : ce sera le dernier et à Saclay reviennent les ultimes clichés collés et paragraphes sur mon carnet gondolé par l’averse que je viens d’essuyer en venant jusqu’ici –  suis trempé et ai même dû me réfugier quelques minutes sous un arrêt de bus pour laisser le plus méchant passer – paragraphes griffonnés nerveusement, assis de biais sur l’une des arêtes d’un cube de béton mouillé et sous la pression de ces souvenirs dégueulasses, sur l’assise étroite et à peu près sèche que seuls peuvent me fournir ma cuisse et le haut de mon genou droit ; dernières sensations pour boucler définitivement la boucle, finir de ressaisir enfin, par écrit, pixels et à l’aube de son terme mon petit parcours de vie d’artiste.

 

 

 

Totem de l'atome
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commeunratfaitsonterrier - dans Contributions
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31 mai 2012 4 31 /05 /mai /2012 08:38

Appel à fiction de François Bon sur son site le tiers livre : ma réponse ( parmi d'autres, très belles) Aller sur le site pour prendre connaissance des photos qui ont donné prétexte.

 


L’endroit était passant mais en même temps camouflé, elle à l’abri et comme tapie derrière les bosquets de saison – c’était le printemps qui était tombé là, pile à la lisière du nouveau tournant de vie qu’il me fallait prendre -, toute proche de la première des gares dans laquelle j’avais échoué, par hasard et inspection systématique aujourd’hui encore de leurs alentours immédiats.

Je ne l’avais pas vue venir.

Elle s’était dressée devant moi au détour d’une quête qui ce jour-là s’était arrêtée rapidement et sans préméditation comme un bon présage pour mes recherches futures, arrêt brutal juste après l’incurvation lente du chemin de terre ocre et l’investissement du regard par ce pan de vieille façade grise précédant à peine le double escalier de bois à rampe centrale.

On se serait cru à la campagne, épargné par le regard tentaculaire de la ville un peu plus bas et dans laquelle, où que tu sois – sur un banc dans un hall d’immeuble une station de métro ou sur un trottoir -, tu restes toujours à la vue de tous et comme continuellement à la portée de leur jugement.

M’étais rapproché lentement, soulagé d’avoir si vite trouvé ce premier refuge, et c’est alors que j’avais compris que je n’étais pas le seul, que la belle était courtisée et marquée au fer jaune du code de l’appropriation urbaine - un vieux meuble sorti sur le devant, juste au bord du chemin et placé tout contre la façade semblait dire lui aussi une vie de silhouettes grises et désœuvrées qui, récurrente, devait chaque soir s’y déverser ; la vie de ces ombres invisibles à la lumière des lampadaires, mucosités sociales s’écoulant par cet arrière-nez de l’urbanisation.

J’avais eu peur alors.

Avais failli rebrousser chemin puis m’étais ravisé et après avoir fait quelques fois le tour, attendu quelques heures jusqu’à la tombée de la nuit sans constater aucune incursion ni agitation alentour, examiné attentivement la physionomie des volets clos – un seul semblait endommagé, il lui manquait un rectangle presque entier de petites lattes en bois mais pas de traces tangibles d’effraction –  étais entré finalement en faisant d’un pied de biche improvisé sauter l’une des persiennes arrières du rez-de-chaussée, avec en tête l’idée de monter quand même le plus haut possible, jusqu’au dernier étage.

 

C’est là que j’ai passé ma première nuit dehors, au bout de l’escalier de bois vermoulu, dans cette chambre vide au plancher poussiéreux et par endroit fin comme du papier à cigarette, menaçant à tout moment de rompre sous mon poids. Que j’ai dormi, cette première nuit ici comme jamais plus, ailleurs, par la suite.

Dormi au point, réveillé avec le jour par le chant des oiseaux, de faire grincer lentement et à peine sur pieds le pan droit du volet de bois qui protégeait – depuis combien de temps ? - la pièce de la lumière, comme si de rien n’était, comme si j’étais chez moi, comme s’il s’agissait à l’époque d’un matin ordinaire ; au point d’agir par habitude d’une vie d’hier encore vivace et bientôt recouverte par la plaie de l’abandon et de l’errance.


fenêtre ouverte sur abandon
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commeunratfaitsonterrier - dans Contributions
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18 mai 2012 5 18 /05 /mai /2012 15:51

  Avertissement : encore une contribution... Pour comprendre dans quel contexte et réflexion elle s'inscrit, c'est par ici ! (Surtout côté Cartographie aérienne et Empreinte sonore)

 

   L’avion tourne depuis quelques minutes en silence ; plane.

   Attend son tour.

   A peu près une arrivée tous les trois quatre tours de trotteuse à Québec alors si tu as un peu d’avance sur le planning de la tour de contrôle – ou elles un peu de retard, les autres provenances qui se pressent conjointement vers ce même point du globe mais sont attendues avant toi sur la piste d’atterrissage - tu dois patienter, et glisser pour ce faire sur les bretelles fluides qui serpentent, invisibles, au-dessus du continent.

   Les moteurs ronronnent faiblement, les réacteurs sommeillent, servant juste dans ces cas-là à maintenir l’appareil à une altitude stable – et non plus à le tracter ou le retenir parce que la pente de sa trajectoire n’est plus raide à présent, ni dans un sens ni dans l’autre.  

   L’autoroute est aérien, se dessine sans que l’on puisse véritablement le matérialiser dans le chassé-croisé des ailes blanches des boeings. Peut-être des ponts se chevauchent-ils, passent-ils les uns sur les autres, les uns sous les autres aussi au-dessus de la terre et chacun sur sa file, décalque minutieux de ce que je peux voir en contrebas, par le hublot : la ville et ses réseaux comme scarifications géantes d’un corps nu.

    La ville.

   Avec ces entrelacs d’asphalte et de fer qui serpentent ou tirent droit à travers les cubes aplatis des baraques en enfilade, passent sur le gouffre du fleuve et incisent la chair dense des forêts – parfois joliment ; tout à l’heure et dans quelques secondes encore sous mes yeux dans le cercle que suit la trajectoire attentiste du pilote, presque une guitare découpée entre les conifères, une dreadnought, et je ne peux m’empêcher à chaque passage d’y penser, à l’intention qui a ou non présidé au tracé – forêts dont les maigres résidus entourent maintenant de jardins les bâtiments à dominante grise et compacte et dont les ombres au sol enfoncent la perspective, creusent sur les pelouses autour des arbres clairsemés des cratères, empreintes d’un pouce géant enfoncé dans la glaise.

 

   Aéroport maintenant ; là où le serpent se mord la queue, où a débuté et recommence à nouveau le cercle ronronnant de l’attente.

   De rares pièces vertes ici aussi, usées, cousues comme pour rapiécer les trous fait au bitume par la fréquence et le frottement continu des vols. Pièces rapportées, dépareillées, semblables à celles qui sur mes jeans, gamin, recouvraient de leur texture plastifiée et inconfortable les déchirures aux genoux et sous les poches arrières.

   Des ombres pareillement creusent la lisière des rectangles enfilés, hangars coudés devant lesquels sont garés, sans véritable logique ou soucis esthétique ici, les avions blancs.

    Tout est calme.

    Rien ne bouge, ou presque.

    Dans la ville tout est calme.

   Tout s’y déplace au ralenti et dans le silence bourdonnant des réacteurs en sous-régime alors tu fermes les yeux et s’apaise un instant en toi l’angoisse qui t’accompagne depuis ton départ de Paris ; de devoir y entrer réellement, dans cette ville que tu ne connais pas, y entrer tout à l’heure et te mesurer pour ainsi dire à elle.

   Te frotter au bruit de ses rues, parfois comme à un grain de papier de verre – les klaxons les cris les sirènes les voix les motos qui accélèrent les voitures qui freinent les portières qui claquent et ce bruit incessant en arrière fond qui porte chacun d’eux sur le devant de la scène et à tour de rôle, ce grondement continu qui semble résulter du frottement ininterrompu des tissus et des tôles qui s’y croisent.

   Aussi te dissoudre dans le gigantisme de ses dimensions, te perdre sur ses ponts et bretelles d’autoroute, dans ses rues carrefours avenues ronds-points et lignes droites interminables - d’après ce que t’en a dit brièvement hier soir Google Maps.

 

    Tu ouvres les yeux.

    Le pilote annonce l’ultime descente avant l’atterrissage.

    Alors une dernière fois par le hublot tu la regardes, cette ville, encore inoffensive et dépourvue de ce qui pourrait te la rendre invivable.

     Une dernière fois la regardes, dessous, la ville vierge.

 

 

 

 

 

 

Dessous, la ville vierge.
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commeunratfaitsonterrier - dans Contributions
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11 mai 2012 5 11 /05 /mai /2012 10:04

 

Avertissement : Ce texte est un maillon, la suite d'une suite destinée à en recevoir elle-même une autre, une page arrachée en hâte et au hasard à un ouvrage en construction.

Pour accéder à ce qu'il prolonge autant qu'à ce qu'il rendra possible, ainsi qu'à l'expérience d'écriture numérique qu'il révèle, il faut se rendre sur le site de Joel Boulvais, qui lui a donné prétexte: cadavreômonexquis 

 

 

 

 

 

 

                                                   SEMBLABLES

                                   (P2-S1)

 

 

                                                                                                             Gilles PIAZO

 

 

   La poignée de main fut flasque et le bureau était vide ; Sophie n’était pas là.

   Leïla ne remarqua pas tout de suite son absence, troublée d’abord par le voile fugace qui venait de faire osciller le masque mercantile et affable du notaire, transformant son sourire de bienvenue en un rictus auquel aucun qualificatif n’accrochait véritablement, tous ruisselant sur l’ambiguïté de l’expression qu’il lui renvoyait.

   Elle s’était aussi très rapidement sentie perturbée, mal à l’aise, ce qui avait à chaque fois pour effet de lui couper la conscience claire de son environnement immédiat.

   Parce que même si elle n’avait pas voulu être dupe aujourd’hui encore, même si sa stature hâtivement bricolée avait voulu en imposer à ce quinquagénaire bedonnant et emplir de son aura les moindres recoins de la pièce, le cosy patiné de la décoration à l’ancienne et l’imposant bureau verni avait rapidement fait refluer sa prestance ; comme un coup à l’estomac avait creusé son torse et fait se voûter ses épaules et son dos pour faire resurgir en elle cette envie qu’elle avait constamment en public de ne pas déranger, de devenir fine, imperceptible au point qu’elle pourrait être au monde sans même que l’on ne remarque sa présence.

   Elle serra instinctivement son sac à main contre son ventre, et comme dans le bocal de la Grüe quand elle était venue lui demander son après-midi sur la foi de cette simple instruction de sa sœur hier au téléphone – ta présence est requise à la lecture du testament de maman - regarda ses pompes en murmurant un « Enchantée » presque imperceptible.

    Elle ne savait décidément pas parler aux gens.

 

   Sophie n’était pas là.

   Le fauteuil à l’assise râpée situé à côté de celui dans lequel Leïla fut priée de prendre place était vide, et lorsque le téléphone sonna avant même que la conversation ne puisse s’engager véritablement, elle se demanda un court instant si elle se rendait vraiment bien compte de ce qu’elle faisait.

   Elle était là, chez le notaire, assise maladroitement et presque de profil sur la lisière cloutée de l’assise d’un fauteuil de cuir souple qui en son milieu menaçait de l’engloutir entièrement, à tirer nerveusement sur sa jupe en attendant de savoir si elle avait bien à y être ; si sa mère était vraiment morte ; si un testament dont elle était à n’en pas douter l’une des bénéficiaires existait bien quelque part au milieu des centaines de feuillets qui boursouflaient les deux énormes pochettes carton posées sur le bureau, juste devant elle ; si sa sœur allait vraiment venir – mais comment ne s’était-elle pas poser cette question avant, dans la salle d’attente, au lieu de ne penser qu’à des broutilles et d’épouser bêtement pendant une demi heure les reniflements humides de cette vieille, jusqu’à la nausée ? 

   Elle aurait bien sûr dû y être elle aussi, dans la salle d’attente, puisque l’heure du rendez-vous était largement dépassée.

    L’idée d’une farce dont elle serait le dindon lui traversa à nouveau l’esprit. A moins qu’elle ne l’ait pas vue, que Sophie soit restée cachée pendant tout ce temps ; aucune chance. Cela ne lui ressemblait pas et elle était incapable de ne pas se faire remarquer quand elle entrait ou demeurait quelque part.

    Sophie était du genre extravertie, prête à tout pour attirer l’attention et faire parler d’elle. Du genre à composer son chant du cygne sous les roues d’une rame de métro aux heures de pointes et faire fermer provisoirement  une station, refouler des centaines de personnes sur les trottoirs à la recherche d’une échappatoire au piège que la ville refermait alors sur eux.

    Sûre qu’elle ne les emportera pas au paradis ; tous les moments où elle avait écrasé - consciemment ou non -, systématiquement piétiné Leïla en public avec une facilité et une désinvolture écœurantes qui ne pouvaient à terme que fomenter chez sa victime la résignation, la recherche continue d’une insignifiance toujours plus diaphane. Ne pas déranger ; ne pas faire trop de vagues, jamais.

     Avait fait pareil avec sa mère ; l’avait entièrement prise sous sa coupe et Leïla avait dû s’éloigner pour ne plus avoir à chercher une place introuvable dans une relation qui était devenue exclusive et s’était dressée tel un mur face à elle, figée sous une épaisse couche de glace.

    Pourtant si semblables de caractère, elles avaient été contraintes de se tourner mutuellement le dos, poussée chacune dans une direction opposée par cette force centrifuge et démoniaque qui, voulant constamment prendre le centre, refoulait alentour avec la puissance d’une tornade tout ce qui gravitait autour d’elle et de ce qu’elle souhaitait s’approprier.

 

  Si semblables…

  Et pourtant Leïla était là, dans le bureau poussiéreux d’un notaire spécialisé dans les vieilles allergiques, à attendre qu’il raccroche pour savoir enfin si sa mère était réellement morte, si réellement elle avait été incinérée avant-hier, si réellement un testament devait être lu ici et maintenant devant les deux orphelines.

   Franchement… C’était ridicule.

   Le même rire bref et sonore qui l’avait saisie lors de l’évacuation houleuse de la station de métro un peu plus tôt dans l’après-midi la surprit à nouveau et le regard de l’homme de loi décalqua à la nuance près celui de l’anonyme du couloir : un mélange d’agacement, de reproche et d’étonnement suite à la reconnaissance subite d’une présence que l’on avait pas remarquée jusque-là, ou déjà oubliée.

   Elle regarda à nouveau ses pompes en tirant nerveusement sur sa jupe et en en époussetant machinalement la toile bleue marine.

    A l’autre bout du fil, elle entendit alors distinctement et pour la première fois la voix grésiller, une voix de femme cachée de l’autre côté du combiné, tandis que le visage du notaire cherchait désespérément à fuir un embarras de plus en plus pressant : « Elle ne se rend vraiment pas compte ?»

 

 

Semblables
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