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18 août 2013 7 18 /08 /août /2013 18:21

Lecture aléatoire et non-philosophique de l'Ethique

 

Mais il faut ici remarquer que la mort survient au Corps, c’est ainsi que je l’entends, quand ses parties se trouvent ainsi disposées qu’elles entrent les unes par rapport aux autres dans un autre rapport de mouvement et de repos. Car je n’ai pas l’audace de nier que le Corps humain, quoique subsistent la circulation du sang et d’autres choses qui font, croit-on, vivre le Corps, puisse néanmoins échanger sa nature contre une autre tout à fait différente. Car aucune raison ne me force à penser que le Corps ne meurt que s’il est changé en cadavre ; bien mieux, l’expérience elle-même semble persuader du contraire. Car il arrive parfois qu’un homme pâtisse de changements tels que j’aurais bien du mal a dire qu’il est le même, comme j’ai entendu dire d’un certain poète espagnol, qui avait été frappé par la maladie et qui, quoique guéri, demeura dans un tel oubli de sa vie passée qu’il ne croyait pas que les Fables et les Tragédies qu’il avait faites fussent de lui, et à coup sûr on aurait pu le prendre pour un bébé adulte s’il avait aussi oublié sa langue maternelle. Et, si ça a l’air incroyable, que dire des bébés ? Leur nature, un homme d’âge avancé la croit tellement différente de la sienne qu’il ne pourrait jamais se persuader d’avoir jamais été bébé, s’il n’en faisait auprès des autres la conjecture pour lui-même. Mais, pour ne pas donner aux superstitieux matière à de nouvelles questions, je préfère laisser cela en suspens.

    (Ethique IV Prop XXXIX Scolie Trad Bernard Pautrat)

Un été avec Spinoza #26

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commeunratfaitsonterrier - dans Un été avec Spinoza
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