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26 août 2013 1 26 /08 /août /2013 11:52

Lecture aléatoire et non-philosophique de l'Ethique

 

 

Le vulgaire, communément, semble persuadé d’autre chose. Car la plupart ont l’air de croire qu’ils sont libres en tant qu’ils ont licence d’obéir à la lubricité, et qu’ils cèdent de leur droit en tant qu’ils sont tenus de vivre selon la prescription de la loi divine. Et donc il croient que la Piété et la Religion, et, absolument parlant, tout ce qui se rapporte à la Force d’âme, sont des fardeaux, qu’ils espèrent déposer après la mort pour recevoir le prix de la servitude, à savoir de la Piété et de la Religion ; et ce n’est pas cette espérance seule, mais aussi et surtout la crainte d’être punis d’affreux supplices après la mort, qui les amènent à vivre selon la prescription de la loi divine, autant que le supportent leur fragilité et leur âme impuissante ; et, s’il n’y avait dans les hommes cette Espérance et cette Crainte, s’ils croyaient au contraire que les esprits meurent avec le corps, et qu’il ne reste aux malheureux, épuisés par le fardeau de la Piété, pas de vie au-delà, ils reviendraient à leur tempérament, et ils voudraient soumettre tout à la lubricité, et obéir à la fortune plutôt qu’à eux-mêmes. Ce qui n’est à mes yeux pas moins absurde que si quelqu’un, pour la raison qu’il ne croit pas pouvoir nourrir son Corps de bons aliments pour l’éternité, préférait s’assouvir de poisons et de choses mortifères ; ou bien, parce qu’il voit que l’Esprit n’est pas éternel, autrement dit immortel, aime mieux être fou, et vivre sans raison ; choses tellement absurdes qu’elles méritent à peine d’être relevées.

    (Ethique V Prop XLI Scolie Trad Bernard Pautrat)

Un été avec Spinoza #30

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